Questions à Yasmina Khadra

Pêle-mêle de questions attendues ou inattendues à Yasmina Khadra :

La première de toutes: acceptez-vous de vous prêter à ce « pêle-mêle de questions » ?
Oui.

Quel est le titre du dernier poème que vous ayez lu, ou relu ?
Cela fait longtemps que je n’ai pas lu de poésie. Les derniers poètes lus sont Mamoud Darwich et Lamartine.

Quel est le titre du dernier roman, que vous ayez lu, ou relu ?
« Disgrâce » de J.M. Coetzee et « Regrets sans repentirs » de Chester Himes.

Quels sont vos trois films préférés ?
« La Bataille d’Alger » ; « La Strada » de Fellini et « Apocalypse Now » de Coppola.

Quels airs de musique, connus ou inconnus, vous émeuvent-ils le plus ?
Toutes les musiques du monde m’émeuvent.

Y a-t-il un champion sportif que, aujourd'hui ou hier, vous ayez admiré ?
Mohammed Ali et Noureddine Morcelli.

Rousseau pensait que l'homme est naturellement bon, Hobbes qu'il est plutôt naturellement méchant. Alors, Hobbes ou Rousseau ?
Je pense que l’homme est le croisement de l’ange et du démon. Il est fondamentalement bon et forcément méchant.

Vous êtres le fils d'un combattant -et d'un héros- de l'Armée de Libération Nationale. Dans un de vos romans, vous évoquez le massacre de familles harkies, après l'indépendance. Cela signifie-t-il que vous considérez manichéenne la façon dont on a pu rendre compte, en Algérie, de la guerre d'indépendance ? Toute Histoire le serait-elle ?
Toutes les Histoires sont manichéennes. Toutes essayent de s’inspirer des mythologies et de se prolonger dans la légende. C’est la raison pour laquelle les guerres perdurent.

Vous exprimez souvent votre admiration pour les femmes de votre pays, pour l'influence qu'elles ont sur le présent et l'avenir de votre pays. La société algérienne dans son ensemble -pouvoir politique, pouvoir religieux, opinion publique- leur reconnaît-elle les mêmes vertus ?
La société algérienne ne reconnaît aucune vertu aux siens. Elle veut les incarner toutes, et toutes lui font défaut. Lorsque le culte de la personnalité sévit quelque part, dîtes-vous qu’il ne laisse rien aux autres.

Etes-vous croyant ?
A l’image de Chateaubriand.

S'il y a une vie après la mort, comment occuperez-vous tout ce temps ?
A dormir d’un sommeil de juste.

Vous êtes un des auteurs de langue française contemporains les plus traduits. Comment analysez-vous cet universel intérêt pour votre oeuvre ?
Il est encore tôt pour dresser un bilan fiable. Disons que j’essaye de mériter les égards que je réclame. Il n’est pas évident pou un Arabe de convaincre large, aussi je profite de chaque intérêt que l’on me porte pour dire que nous sommes aussi capables du meilleur que du pire. Je suis très content de toucher les Occidentaux ; c’est la preuve que nous pouvons nous entendre. Il suffit juste de s’écouter.

« Nous sommes toujours au bord du malentendu », disait Camus, que vous aimez. En écrivant, en avez-vous conscience ?
La littérature est née à partir du malentendu. Elle est donc son essence et sa conscience.

L'actualité déverse son lot quotidien d'horreurs. Finalement, que peuvent contre cela tous les commissaires Llob et tous les Yasmina Khadra de la Terre ?
Le Bien n’a jamais triomphé du Mal. C’est le Mal qui finit par jeter l’éponge, lassé par ses propres abus. Les Llob et les Khadra sont là pour, justement, ne pas le ménager.

Quelle question particulièrement importante ne vous ai-je pas posée ?
Il faut en laisser aux autres et aux lendemains.

PMF Juin 2004

On consultera également les Questions du Diable à la fin de certaines rubriques.